Les cinq choses à repérer
1. Les colonnes hathoriques. Vingt-quatre dans la salle hypostyle, chaque chapiteau sculpté sur ses quatre faces de la tête d'Hathor — un visage humain aux oreilles de vache. La plupart ont été mutilées au cours des siècles suivants, et ce dommage fait partie de l'histoire au lieu de l'entacher.
2. Le zodiaque. Une célèbre voûte zodiacale circulaire orne une chapelle du toit. Sachez que celle qui s'y trouve est un moulage : l'original a été découpé et emporté à Paris dans les années 1820, et il est au Louvre. Le savoir à l'avance évite une petite déception sur place.
3. Le toit. On peut y monter, et la plupart des groupes n'y montent pas. Des chapelles consacrées aux mystères d'Osiris, une vue sur les palmiers et la canne à sucre de la plaine d'inondation, et la plus belle lumière de l'édifice.
4. Les cryptes. D'étroites chambres souterraines aux reliefs superbes, taillés serré. L'une d'elles porte le relief que l'on appelle communément la « lampe de Dendérah » — une fleur de lotus d'où sort un serpent, soutenue par un pilier djed. C'est une image de création classique, que l'on retrouve ailleurs dans l'art égyptien ; ce n'est pas la représentation d'un appareil électrique, et les guides qui vous racontent le contraire s'amusent.
5. Cléopâtre sur le mur arrière. Sur le mur extérieur du fond figure un grand relief de Cléopâtre VII avec son fils Césarion, en train de faire des offrandes. C'est l'une des très rares représentations antiques d'elle, stylisée plutôt que ressemblante — mais elle s'est tenue ici, et c'est le plus près d'elle que la plupart des visiteurs parviendront.
La comparaison avec Karnak
Les deux ne se font pas concurrence, et si vous n'avez qu'une journée à Louxor, voyez Karnak. Dendérah est la réponse du deuxième jour, et elle vaut mieux qu'une deuxième journée consacrée à n'importe quoi d'autre à portée, pour trois raisons.
- La couleur. Karnak est monumental et, pour l'essentiel, pierre nue. Dendérah, c'est de la peinture.
- La clôture. La salle hypostyle de Karnak a perdu son toit. Celle de Dendérah non : vous éprouvez l'intérieur tel qu'il fut conçu — sombre, dense, éclairé par le haut.
- Le silence. Vous pouvez vous tenir au milieu de la salle de Dendérah et n'entendre rien. Ce n'est possible à Karnak à aucune heure.

La grande salle hypostyle de Karnak, sans toit et monumentale
L'associer à Abydos
Dendérah se vend souvent avec Abydos, une heure et demie plus au nord, et l'association compose une journée longue mais excellente.
Abydos est de loin le lieu le plus ancien : centre du culte d'Osiris, but de pèlerinage pendant des millénaires, et siège du temple de Séthi Ier, dont les reliefs atteignent une finesse qui surpasse sans doute tout ce qui subsiste. On y voit aussi la liste royale d'Abydos, un mur consignant les noms des prédécesseurs de Séthi, l'un des documents sur lesquels s'est bâtie l'égyptologie moderne.
Les deux ensemble font une journée de douze heures depuis Louxor, et plus longue encore depuis la mer Rouge. Étalés sur un séjour de trois jours à Louxor, c'est confortable. Si vous ne pouvez en faire qu'un seul et que la couleur vous émeut, prenez Dendérah ; si ce sont la sculpture et l'histoire qui vous émeuvent, prenez Abydos.
Qui l'a bâti, et pourquoi il ne ressemble pas aux autres
Dendérah déconcerte les visiteurs qui arrivent de la rive ouest, parce qu'il ne ressemble pas à l'Égypte qu'ils viennent de voir. La raison : il a été bâti par des Grecs et achevé par des Romains, en égyptien.
Après Alexandre, l'Égypte fut gouvernée trois siècles durant par les Ptolémées — une dynastie grecque macédonienne qui régna en pharaons, fut couronnée en pharaons et bâtit des temples dans le style pharaonique, parce que c'était la langue de la légitimité. Rome prit le relais en 30 avant notre ère et poursuivit exactement de même : des empereurs romains paraissent sur les murs des temples égyptiens vêtus en pharaons, offrant aux dieux égyptiens, en hiéroglyphes.
Les figures de Dendérah sont donc plus trapues et plus douces que le trait acéré du Nouvel Empire, la taille est plus profonde et le décor plus dense — chaque surface couverte, là où Karnak laisse respirer la pierre. C'est de l'art égyptien après mille ans de transformations, fait par des gens pour qui il était déjà antique.
Cela vaut d'être emporté avec soi, car le réflexe est de lire « tardif » comme « moindre ». Ce n'est pas moindre. C'est une civilisation qui bâtit encore de toute sa force à un siècle de sa fin.
Notes pratiques
- Allez-y le matin. Les chapelles du toit et les reliefs extérieurs réclament une lumière directe, et la route est plus agréable avant la chaleur.
- Emportez une lampe, ou servez-vous de votre téléphone. Les cryptes sont sombres et la lampe des guides n'est pas toujours proposée.
- Levez constamment les yeux. Le plafond est l'essentiel, et la nuque raide est le signe d'une visite bien menée.
- Prévoyez deux heures au minimum. Quatre-vingt-dix minutes suffisent pour la salle et le toit au pas de course ; deux heures et demie sont confortables.
- Il existe des versions en demi-journée depuis Louxor, le bon choix si vous combinez la visite avec la rive est plutôt que d'en faire la journée entière.
- Ce n'est pas une escale de croisière sur le Nil. Les croisières entre Louxor et Assouan descendent vers le sud ; Dendérah est au nord. Si vous y tenez, c'est une excursion à part.
Allez-y une fois et vous comprendrez pourquoi nous y revenons sans cesse. Dendérah est le site que l'on cite après coup quand on vous demande ce qui vous a surpris en Égypte — pas ce pour quoi l'on était venu, et ce dont on se souvient.

Reliefs sculptés et couleurs sur les murs du temple d'Hathor à Dendérah